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"Comme une vie se dépayse! Les années fuient et laissent l’homme après tant de pérégrinations et de métamorphoses, absolument semblable, soi-même, à l’occasion d’une petite similitude morale, d’une circonstance qui fait qu’on se souvient. Est-il vrai qu’on n’aime qu’une seule fois dans sa vie? J’ai rencontré des êtres qui le pensaient. Je l’ai cru parfois. Maintenant je m’oppose avec violence à cette conception inhumaine. L’amour est pourtant aussi haut pour moi. Il est resté tout ce que j’aime. Ce qui fait tout plier. Ce qui fait abandonner tout au monde, et c’est très bien ainsi."
Méditation d’Oriane (Bic bleu): Françoise, Ganançay ou Saint-Loup pourraient dire cela. Moi pas… Je sais en effet que l’amour profond que j’ai éprouvé quelques années pour le Général Proust a changé ma conception, mes sensations, les goûts que j’avais de l’existence et que je ne pourrais plus jamais éprouver ce ravissement, cet entraînement total hors de moi-même vers autrui parce que j’en ai désormais éprouvé l’expérience et la désillusion qui a suivi quelques années après. Je ne suis plus la même, je n’ai plus la même innocence, la même fraîcheur devant les sentiments. Les événements de la vie m’ont transformée, rendue plus distante, moins capable de m’engager à fond… Ceci dit, je trouve que, dans un roman, quelques réflexions générales — philosophiques si on veut…—, bien placées, lui donnent de la profondeur.
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